
Premier contact avec la Russie : le grand sourire de la sympathique douaniere qui nous donne la carte d'immigration et nous renseigne chaleureusement sur la marche a suivre pour les formalites. A notre plus grande surprise puisque nous nous attendions au pire des accueils selon les recits d'autres voyageurs. Tout commence bien, les demarches paraissent simples et claires. 2h30 plus tard, nous sommes encore a la frontiere en train de courir entre la banque pour le change, le prepose pour les papiers de la voiture et le fonctionnaire qui donne la signature finale ! ! ! Mais toujours avec le sourire puisque les gens sont tous sympathiques : il y a juste un petit probleme avec nos visas puisque Grenouille n'y est pas indiquee et que Bernie y est mentionne comme etant une femme ! Mais tout finira par s'arranger, les douaniers vont meme chercher une de leur collegue qui parle anglais pour nous expliquer la situation et aussi nous poser quelques questions. Intrigues par le nombre de visas et de tampons dans nos passeports, ils nous demandent si cela a ete facile pour obtenir les visas iraniens et pakistanais et si ce n'etait pas trop dangereux de voyager dans ces pays ? ! Nous n'osons pas leur repondre que nous avons eu de plus grandes difficultes pour obtenir le visa russe et que le pays qui nous fait le plus peur, c'est le leur ! C'est interessant de constater qu'en Siberie aussi, ce sont toujours les memes pays qui font peur ; avec la plus grande injustice une fois que l'on a visite les pays en question...
Comme nous avons passe pres de 5 heures entre les frontieres kazakhe et russe, nous ne faisons que quelques kilometres avant de nous poser pour la nuit a l'abri de fourres au bord de la route. Notre premier bivouac russe, en Siberie et par -5 degres. Nous profitons pleinement de l'amenagement de Grenouille puisqu'avec un peu d'organisation nous parvenons a cuisiner, manger et faire le lit sans sortir de la voiture. Il ne manque que le Webasto qui nous fait defaut depuis l'Italie, dont le service apres-vente n'a jamais daigne repondre a nos nombreux mails !
Pour eviter Chelyabinsk (d'autres voyageurs nous ont conseille de le faire car ils avaient ete ennuyes par la police dans cette region), nous prenons au nord peu apres Kurgan pour nous enfoncer en Siberie et passer par Tyumen. Nous profitons des longues rectilignes encore peu frequentees pour faire des pointes de vitesse et avancer un peu en direction de la Suisse a travers l'immensite de la taiga. Mais notre course est bien vite arretee par la police : un controle radar au laser nous annonce que nous sommes a 84 km/h (presque a coin avec Grenouille) au lieu des 30 km/h a cet endroit ou il y a des travaux ! ! ! Mais le jeune policier nous dit " Davai " avec le plus grand sourire, et nous continuons notre route, plutot sympa comme premier contact avec la police russe tant redoutee. Les paysages enneiges et les maisons en rondin aux fenetres sculptees typiques de l'architecture siberienne nous accompagnent jusqu'a Yekaterinburg, premiere ville ou nous faisons halte. Si ce n'etait pas pour l'enregistrement de notre visa, nous aurions continuer a rouler et a bivouaquer jusqu'a Moscou ! Mais la ville est au moins connue pour sa riche histoire et comme etant le lieu de l'assassinat de la famille Romanov. Nous aurons donc au moins 2 ou 3 choses a visiter ici.
C'est dans cette ville que nous faisons nos premieres mesaventures en Russie et que nous sommes confrontes a l'heritage de l'epoque communiste. Nous cherchons sans succes notre premier hotel, la meilleure adresse " budget " du Lonely Planet. Nous sommes a la bonne adresse mais pas une pancarte d'hotel, pas un signe ! Nous nous dirigeons donc a notre prochain choix, mais ils n'acceptent plus les etrangers (ils nous disent qu'il n'y a plus de place alors que l'hotel a au moins 1'000 chambres et que nous sommes au mois de novembre a la frontiere de la Siberie et des montagnes de l'Oural !). Sur place il doit y avoir le bureau d'information touristique, ou nous voulons nous rendre pour trouver une solution. Encore une fois, impossible de trouver car ils ont demenage pres de la gare ! La fatigue se faisant un peu ressentir, nous allons tenter notre chance dans la categorie superieure, une chambre double donnee pour 2'100 R dans notre guide (soit pres de 80 euros que nous sommes prets a mettre pour etre tranquilles). La chambre est belle et moderne, mais le prix est monte a 5'800 R, soit plus de 200 euros pour une chambre dans un 3 etoiles ! ! ! C'est bien trop pour notre budget. Abattus et depites, nous optons pour un autre hotel a proximite de la gare ou les gens vont enfin nous accepter. Resultat : une chambre petite et vieillotte pour la modique somme de 1'300 R. Du vol pour la region et la qualite de l'hebergement, mais nous n'avons pas le choix ! Ayant perdu la matinee a chercher l'endroit ou la famille Romanov a ete enterree (absence totale de signalisation) et l'apres-midi a trouver un hotel, nous n'avions vraiment plus le courage pour se balader et visiter la ville. Mais nous avons au moins notre enregistrement de visa dans les trois jours apres notre arrivee en Russie.
Le lendemain, nous voulons reprendre la route mais Grenouille ne demarre plus. Il fait froid, notre reservoir est presque vide et la pompe a diesel tourne faiblement puis s'arrete. Avant d'appeler un garage, Bernie veut tenter une derniere manoeuvre : ajouter 20 litres dans le reservoir avec notre jerrycan. Malheureusement cette derniere est vide et il nous faut marcher pres de 5 km pour trouver une station service qui vend du diesel. Apres plusieurs tentatives et en insistant, finalement Grenouille demarre et nous prenons la route vers l'est, en direction de Kazan. Lecon du jour : ne pas s'arreter pour la nuit avec un reservoir presque vide et demander aux stations service a quelle temperature leur diesel gele (" Kakoy timpiratura eta diezel lyot ? ").
Peu apres Yekaterinburg, nous franchissons la frontiere physique Europe / Asie. Apres plus de 10 mois en Asie, nous sommes de retour sur le vieux continent. Autre avantage : en cas de nouveau soucis avec la voiture, le livret ETI du TCS pourra nous depanner...
Comme si la panne du matin ne suffisait pas, le lave glace a aussi gele dans le reservoir et impossible de nettoyer les vitres. Tres pratique avec les poids lourds et les routes sales, on ne voit plus rien et on doit s'arreter toutes les 10 minutes pour laver la vitre avec un peu d'eau ! Avec ce depart tardif et nos differents ennuis ajoutes a l'enorme traffic routier qui nous ralentit sur ces routes a une voie, nous sommes encore bien loin de Perm lorsque la nuit tombe. Nous nous arretons pour la nuit sur une aire de repos pour camionneurs. A chaque jour suffit sa peine...
De bonne heure le lendemain, nous preparons un thermos de the sur notre rechaud pour nous donner des forces et affronter cette nouvelle journee de route. La meteo est maussade et froide, les routes sont blanches et il neige encore. Incident de la journee : les flics nous arretent (demi-tour sur route et gyrophare allume) pour avoir depasse un camion en utilisant une preselection pour tourner a gauche. Tu parles, avec la neige qui recouvre tout on n'y voit que dalle ! En plus avec tous ces poids lourds, on essaie de depasser a chaque occasion pour tenter d'augmenter notre moyenne de 50 km/h. A ce rythme, on n'est pas encore rentre ! Bernie passe 30 minutes a discuter avec les flics dans leur voiture. Bien entendu ils veulent du fric pour nous laisser passer. En plus ils ne veulent pas nous croire lorsque l'on dit que l'on ne parle pas russe et qu'on comprend rien de leurs explications. A force, ils se fatiguent et nous laisseront partir sans que nous ayons a debourser le moindre bakchich. Ne pas contribuer au systeme de corruption en vigueur est encore un de nos principes. Comme nous avons encore perdu beaucoup de temps et que nous n'avancons pas, nous roulons jusque tard dans la nuit avant de nous poser sur une aire de repos. A chaque jour suffit sa peine...
Nous reprenons la route de bonne heure car nous voulons absolument atteindre Kazan dans la journee, en nous demandant ce qu'il va encore nous arriver aujourd'hui. La reponse nous tombera dessus apres quelques kilometres, sous la forme d'un gros caillou qui nous explosera le retroviseur droit. Nous arrivons tout de meme a Kazan avant la tombee du jour. Et la, meme scenario qu'a Yekaterinburg : confrontes a des gens qui ne parlent que russe, peu sympathiques et avec des informations a nouveau erronees de notre guide. Nous terminons la nuit dans le meme type de chambre, mais pour encore plus cher ! Au risque de ne pas etre en regle avec l'enregistrement de nos visas, cette fois c'est decide, nous poursuivrons notre sejour entre bivouacs et hebergement chez l'habitant. A chaque jour suffit sa peine...
La ville de Kazan est tout de meme interessante avec son beau Kremlin et son agreable rue pietonne. Avec la neige fraiche, l'atmosphere est presque feerique ; un peu de baume au coeur.
Depuis Nizhny Novgorod, la route est enfin meilleure avec deux fois deux voies, nous pouvons avancer plus rapidement et surtout avec moins de stress sur la route pour les nombreux depassements. Avant d'arriver a Moscou, nous faisons un detour pour visiter les merveilleux villages et villes du " Golden Ring " :Vladimir, Suzdal et Sergiev Posad. L'occasion d'apprecier l'architecture des eglises orthodoxes (quel changement apres 10 mois de mosquees), avec un coup de coeur pour l'ambiance de Suzdal sous la neige.
Arrives a Moscou dans un etat de fatigue avance, ce n'est pas la premiere nuit que nous allons nous reposer ! En effet, nous dormons a 9 personnes dans un appartement minuscule, a meme le sol et dans une crasse indescriptible. On vous passe les commentaires et surtout l'odeur... Meme si la famille qui nous accueille est adorable, on ne se sent pas a l'aise et nous changeons de domicile pour les nuits suivantes. On se retrouve donc chez Andrei par l'intermediaire de notre contact Veronika, ou nous pouvons nous reposer un peu et passer un agreable sejour. Moscou : son metro, la Place Rouge, son Kremlin, la cathedrale St-Basil, la tombe de Lenine, etc. C'est aussi la plus grande ville d'Europe (continentale, pas la CEE !) avec pres de 13 millions d'habitants ou le contraste entre la pauvrete, les immeubles en ruines et les gosses voitures immobilisees dans les nombreux embouteillages est frappant. Il trouve peut-etre sa plus belle expression sur la Place Rouge, ou le tombeau de Lenine cotoie les boutiques de luxe genre Hermes ou Louis Vuitton. L'echec du communisme dans toute sa splendeur ! En tous cas, nous avons bien aime cette ville assez folle.
A notre grande surprise, la route vers Saint-Petersbourg est bonne et nous avancons vite, grace aux trois pistes alternees. Mais trop vite au gout de la police puisque nous nous faisons encore une fois arreter pour exces de vitesse : 84 km/h dans une zone limitee a 60 km/h. Mais aucune facon de connaitre cette limite puisqu'il n'y a pas de panneau " 60 km/h " mais simplement le nom du village traverse. En suivant le trafic qui roule aussi a plus de 80 km/h, c'est bien entendu nous qu'ils arretent. Cette fois, meme apres 25 minutes de discussion dans leur voiture, Bernie ne peut pas s'en tirer sans debourser quelques roubles. Mais 100 R pour avoir la paix (moins de 4 euros) ce n'est pas cher payer...et adieu a nos beaux principes !
Arrives a Saint-Petersbourg, nous passons de bons moments en famille chez notre hotesse Cat, entre musique gothique, bons petits plats et bouteilles de vin entre amateurs. La ville est agreable pour flaner et apprecier ses nombreux parcs et palais, mais la saison est un peu avancee pour en profiter pleinement. Le jour est court (de 9h30 a 15h30) et la meteo est grise, les jardins ont revetus leurs habits d'hiver...c'est promis il faudra revenir en juin pour les " nuits blanches ". Derniere mesaventure en Russie : durant la nuit, de petits malins nous fracassent la vitre de la porte arriere pour nous voler quelques affaires ! On passera pres de 2 jours pour reparer la vitre (pas de piece chez Land Rover avant 3 semaines !) et obtenir la declaration de vol aupres de la police pour notre assurance. Les flics ne veulent pas nous faire de rapport sans avoir un papier officiel en russe (carte grise ou permis de conduire) car ils doivent ouvrir un dossier. Ils n'ont plus d'excuse lorsque Bernie leur tend son permis international en russe, que vont-ils encore trouver ? Finalement c'est Cat elle-meme qui doit taper la declaration sur l'ordinateur de la police, ils ne veulent pas de trace officielle dans leurs dossiers. Elle m'expliquera plus tard que lorsqu'ils ouvrent un nouveau dossier ils sont obliges de travailler dessus, et ca les emmerde ! ! ! Merci encore a l'aide precieuse de Cat et de son mari sans qui nous serions peut-etre encore sur place a demeler la situation.
Nous quittons la Russie avec soulagement et sans trop de difficulte a la douane. En une heure nous sommes de retour dans l'Union Europeenne en penetrant sur le sol estonien.
Quelques impressions en bref :
- Le cout de la vie a vite augmente depuis la chute du communisme et beaucoup de gens, particulierement les personnes agees, se sont retrouves sur le carreau. L'alcool fait egalement beaucoup de ravage. On voit des gens faire les poubelles, des mendiants, des clochards, ... contraste saisissant en sachant que Moscou compte le plus de milliardaires au monde ! Le pays est devenu tout ce qu'il y a de moins " social " (que chacun se debrouille...).
- Les couts des hotels et de certaines visites semblent completement disproportionnes par rapport a ce qu'on obtient en retour. Les etrangers paient 3 a 5 fois plus que les locaux.
- Il y a huit femmes pour un homme et elles mettent en avant les arguments pour convaincre (talons aiguilles et minijupe, meme en plein hiver). A partir de 22 ans, certaines sont desesperees a l'idee de ne pas encore etre mariees, avis aux amateurs :-)).
- On paie tout cash et d'avance, que ce soit pour le plein dans les stations service ou dans les cafes. Personne ne fait confiance.
- La police vous arrete a chaque occasion pour controle de papiers ou autre, un peu penible a la longue surtout lorsque l'on sait que c'est pour essayer de vous prendre quelques roubles au passage.
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