
De retour en Turquie après deux mois de voyage au Moyen-Orient à travers la Syrie et la Jordanie, notre première impression aura été un sentiment de retour à la maison :
- on peut à nouveau lire les panneaux et autres affiches, même si on y comprend pas un mot
- les rues nous semblent propres et ordonnées
- le trafic sur les routes n'est plus aussi chaotique que plus au sud
Mais au détour d'un marché ou d'un stand de kebab, on ressent tout de même assez vite l'influence de l'orient qui donne un peu plus de saveurs à notre vie occidentale !
Si la Suisse ne nous semblait pas déjà suffisamment proche, les visites successives de mes parents pour 2 semaines ainsi que de ma soeur et d'une amie pour une semaine n'ont fait que raviver une impression de vacances plus que de voyage. Peut-être une pause bienvenue avant d'entrer en Iran ? !
Nous accueillons donc mes parents, ainsi que tout le matériel qu'ils sont venus nous apporter (entre autre du fromage et du jambon cru !) à l'aéroport d'Adana ; et c'est parti pour 2 semaines à la découverte de la Cappadoce et des régions avoisinantes.
Depuis la Méditerranée, la route grimpe rapidement dans les montagnes, en direction de Pozanti. Les paysages changent aussi rapidement puisque nous nous retrouvons sur des hauts plateaux aux allures de steppes. Nous dégustons à l'occasion d'une pause ce que nous croyons être du miel, en fait un genre de vinaigre local épicé avec de nombreux piments. Ils nous en servent un grand verre que nous aurons du mal à terminer. En fait c'est cela tous les stands en bordure de route, du " solgan " ou quelque chose du genre !
Entre Eregli et Konya, nous nous arrêtons pour découvrir les magnifiques lacs volcaniques, dont celui de Meke. Mais c'est un peu plus loin, à hauteur de Yarina, que nous établissons notre bivouac pour la nuit à proximité d'une carrière. A peine arrivés, un monsieur travaillant ici nous offre le thé de l'hospitalité, occasion pour mes parents de découvrir une des facettes de la Turquie, et pour nous de pratiquer les quelques mots de turcs que nous venons d'apprendre dans notre petit lexique.
La visite de Konya avec sa célèbre Medresa des Whirling Dervishe est intéressante, on ressent bien dans les rues que cette ville est l'une des plus conservatrices de Turquie : pas d'Efes (la bière nationale) en vue mais beaucoup de femmes voilées. Préférant les grands espaces, nous ne nous attardons que peu de temps dans le bazar de la ville pour poursuivre notre route en direction d'Aksaray, sur la route des caravannes. C'est d'ailleurs à Sultanhani que nous allons camper pour la nuit, à quelques mètres d'un splendide caravansérail. Nous sommes bel et bien sur la route de la Soie...
Avant les paysages typiques de Cappadoce, ce crochet de 300 km par Konya nous aura fait découvrir une autre facette de ce grand pays qu'est la Turquie : l'immensité des étendues de steppes et l'une des rares régions plates ou presque du pays.
Avant d'arriver au coeur de la Cappadoce à Göreme, nous faisons halte dans la vallée de Ilhara, où une sympathique ballade nous permet de découvrir quelques églises troglodytes ainsi que leur fresques, certaines dans un surprenant état de conservation. Nous décidons d'établir notre campement au camping Aslan à Belisirma, ce qui va s'avérer être une mauvaise décision puisque des chiens du village dévoreront une partie de notre tente alors que nous mangeons au restaurant du camping ! Le comportement du patron sera tout simplement honteux puisque même pas un mot d'excuse, pour lui c'est les risques de la nature. Un bon conseil donc : surveillez votre tente si vous décidez tout de même de camper dans cet endroit, vous serez certainement réveillés par les chiens en pleine nuit de toute façon...
Entre Ilhara et Göreme, les paysages grandioses de montagnes enneigées et de maisons troglodytes se succèdent au fil des kilomètres. Sur la route, une visite à l'une des cités souterraines s'imposent. Nous choisissons celle de Ozlüce car selon notre guide de voyage elle est gratuite (eh oui c'est rare en Turquie car la moindre attraction est normalement payante, par exemple la ballade dans Ilhara Valley vous coûte la modique somme de 4 euros par personne). Après la visite de la ville, le responsable nous demande 5 euros par personne (les autres villes souterraines sont 7 euros), pour la lumière ! ! ! Bien entendu aucun prix n'était affiché, ni aucun billet d'entrée fourni. Il s'agissait tout bonnement d'un bakshish ! Après une longue explication (toujours désagréable), nous avons quittés le site sans payer, mais avec encore une fois une grosse déception par rapport au comportement des gens avec les touristes. Nous vous conseillons donc de demander le prix avant la visite, même si cette visite est censée être gratuite, ceci pour éviter tout malentendu.
Ces quelques désagréments ne nous ont pas pour autant gâché notre plaisir en arrivant à Uchisar puis à Göreme au coeur même de la Cappadoce. C'est d'ailleurs ici que nous décidons de nous poser pour quelques jours pour découvrir, à pied, les différentes vallées aux multiples couleurs de la région. Il faut vraiment s'attarder ici plusieurs jours pour prendre le temps de vagabonder à la découverte du site et apprécier l'hospitalité des gens travaillant dans les champs, quasiment intacte malgré le nombre très (trop) important de touristes. Pour nous c'est un peu le choc après près de 3 mois de voyage dans des régions encore préservées du tourisme de masse.
Déjà deux semaines se sont écoulées et il est temps pour nous de ramener mes parents à Adana, en profitant de la route du retour pour découvrir deux très beaux coins, un peu en dehors du flot des tours organisés : la vallée de Soganli aux formations rocheuses et aux églises et maisons si caractéristiques de la Cappadoce ; le parc national de Ala Däglar, paradis pour le trekkeur et l'amoureux de la nature en général.
Le même aéroport, mais cette fois pour y accueillir ma soeur et une amie, avec encore une fois du cochon (du lard) et du fromage dans leurs valises ! En une semaine, le programme va être chargé puisque leur avion décolle de Malatya bien plus à l'est. La région est en plus riche en sites d'intérêt avec, dans l'ordre de notre cheminement, les villes de Gaziantep et de Sanliurfa, ainsi que les ruines du Mont Nemrut.
La ville de Gaziantep est simplement une ville type de Turquie, avec comme particularité d'être le plus gros producteur (et le meilleur) de pistache de l'hémisphère nord ? ! ? ! L'occasion en tous cas pour nous de nous adonner à un de nos passe-temps favoris : déguster des baklava avec un çay assis dans un parc en observant les locaux déambuler.
Avant de nous plonger dans une autre ville, nous faisons une escapade nature sur les bords de l'Euphrate où nous allons établir notre bivouac près du village d'Halfeti. Sur la route, l'occasion encore une fois de découvrir la merveilleuse hospitalité turque : arrêtés en bordure de route en face d'une maison pour le pic-nic de midi, la famille habitant la dite maison nous apporte du yogurth et de l'eau pour notre repas, nous sans avoir insisté pour nous inviter dans leur maison. Nous les rejoindrons plus tard pour le célèbre thé, ainsi que pour déguster une autre boisson populaire en Turquie : l'ayran, ou du yogurth et de l'eau au goût un peu particulier.
Nous ne pourrons découvrir la magnifique ville de Sanliurfa comme nous l'avions prévu, mais nous aurons au moins appris à jouer au Okay avec des jeunes gens de la ville. Qui plus est dans le cadre grandiose d'un des caravansérails du bazar ! C'est aussi cela le plaisir du voyage, être disponible pour des rencontres et des changements de planning...
Après ces quelques villes turques, nous nous dirigeons vers le Mont Nemrut, clou de notre semaine en compagnie de nos nouvelles visiteuses. Et les guides ne nous ont pas menti, le site est tout simplement splendide ! En plus, la route nous menant de Sanliurfa au Mont Nemrut nous permet de découvrir quelques magnifiques paysages dont le fameux barrage Atatürk et son immense lac. Nous profiterons d'ailleurs du Mont Nemrut, deux jours de suite où nous camperons en pleine nature afin de nous imprégner au maximum du site. Le bivouac c'est bien joli, mais il y a aussi quelques désagréments : le premier est de trouver le bon emplacement, parfois difficile selon la topologie du lieu, ce qui est typiquement le cas au Mont Nemrut avec des vallées encaissées et peu de replat. Le second, celui de se faire déranger en pleine nuit par des gens simplement un peu trop curieux... La météo étant de notre côté, nous profiterons d'un magnifique coucher de soleil au somment du Mont Nemrut pour apprécier le changement de couleurs des têtes tombées sur la terrasse ouest. Pour ménager Grenouille (la route pavée pour le somment est en très mauvais état et excessivement raide), nous décidons de ne pas se lever le lendemain pour le lever de soleil sur la terrasse est. En plus, les têtes de ce côté de la montagne sont en moins bon état et il est tout de même possible de les apprécier en fin de journée.
Pour rejoindre Malatya, nous optons avec le plus grand plaisir pour la route de montagne plutôt que pour le détour par Adyaman, l'occasion pour nos visiteuses d'admirer une dernière fois les paysages de la Turquie.
Ce n'est pas sans mal que nous devons reprendre notre rythme de voyage après 3 semaines passées en compagnie de notre famille...en plus la météo maussade ne fait qu'augmenter notre nostalgie du pays.
C'est donc sous la grisaille que nous arrivons à Diyarbakir où nous faisons qu'une courte halte pour admirer les remparts en basalte noir de la vielle ville. C'est le fief de la résistance kurde et nous sentons une certaine tension avec le nombre de bases militaires et de contrôles le long de la route dans la vallée du Tigre.
C'est avec quelques rayons de soleil, et le moral reprenant un peu de couleurs, que nous visitons la petite ville de Mardin avec ses maisons en pierre blanche perchées à flanc de colline dominant l'immensité des plaines de Mésopotamie. Le site est remarquable et nous fait un peu penser au vieux Jérusalem (enfin à Poulette vu que je ne suis pas allé en Israël...).
Le mauvais temps revenant, nous décidons de passer une nuit en hôtel, après plusieurs bivouacs, dans la petite ville de Midyat. Ici aussi, on retrouve les belles maisons comme à Mardin et la ville est agréable.
La route qui nous conduit vers l'est traverse des vallées verdoyantes au fil du Tigre. C'est sous un soleil radieux que nous faisons halte dans le petit village d'Hasankeyf. Le site est superbe avec les ruines du château et de la vielle ville perchées sur des falaises dominant le Tigre. Un véritable trésor à découvrir absolument puisque le village est menacé d'inondation par le projet de construction de barrage dans les environs de Batman. Pour l'instant le projet est arrêté, mais pour combien de temps ? Ce barrage fait partie de l'énorme projet de production d'électricité et de fourniture d'eau pour l'irrigation dans l'est de la Turquie, mais à quel prix puisque de nombreux villages et sites archéologiques ont déjà été submergés ? !
C'est à nouveau sous la grisaille et par un temps frais que nous arrivons à Van au bord du lac du même nom et à plus de 1700 mètres d'altitude. Ici, les paysages changent pour se faire plus rudes à l'image du climat. On sent que l'hiver n'est pas encore très loin, de même que l'Iran pour nous... C'est d'ailleurs notre prochaine étape, mais pas avant de terminer notre visite de l'est de la Turquie ces jours prochains.
|